dimanche 12 avril 2026

Tadira

Quand on considère la rangée des grands immeubles que le soleil éclaire en fin d’après-midi, on comprend que ce n'est pas nous qu’ils regardent, ni même le port avec ses quais, ses grues et ses navires, mais bien au-delà. Ils fixent l’horizon. Ils attendent que le commerce reprenne avec les anciennes colonies, et que la ville retrouve ainsi sa richesse d’antan. Leurs façades longent le boulevard du bord de mer, on sait les noms des familles patriciennes qui occupent les étages supérieurs depuis plusieurs générations, et au rez-de-chaussée s’alignent des banques, des galeries d'art, des bijouteries, des magasins de mode aux vitrines étincelantes, lessivées à grandes eaux chaque matin, mais aussitôt qu’on tourne dans les rues adjacentes, on entre dans le monde des garages, des parkings souterrains et des hôtels miteux où l’odeur d'essence se mêle à celles de la cuisine asiatique. C’est là que Paulo Gomes Martins a son club de boxe. Longtemps il a tenu une baraque de sandwichs et de glaces sur la jetée-promenade. Le soir, quand il en fermait le rideau métallique, il retournait au club de boxe pour entraîner les jeunes, mais il n’en était pas le patron. Il a fallu que le vieux Soarez en prenant sa retraite lui en laisse les commandes, et Paulo a alors vendu sa boutique pour ne plus s’occuper que du club.

mercredi 8 avril 2026

Anamnèse

Ce soir-là, comme chaque soir, j'avais traversé la ville pour rentrer chez nous, et sa mère m'a confié le bébé. Je l'ai mis dans sa poussette et nous sommes partis en promenade dans le quartier. Le nuit tombait. Nous sommes arrivés dans un square, devant la faculté des sciences de Valrose, où il y avait un bassin avec une fontaine. J'ai arrêté la poussette devant le bassin et, pendant quelques minutes, nous sommes restés là, le bébé emmitouflé dans sa poussette et moi debout derrière lui. Et sans doute ai-je alors sorti un carnet de ma poche pour écrire un peu, en fumant ma pipe, dans l'obscurité presque complète. Mais quand nous sommes revenus dans la lumière de chez nous, rue Michel-Ange, que nous nous sommes baissés sur le bébé pour le défaire de sa poussette, il était couvert de piqûres de moustiques sur le visage et sur les mains, et sa mère en a été fâchée contre moi, très en colère.

mardi 7 avril 2026

Le lavoir

J'ai hésité plusieurs semaines avant de revenir à cette nouvelle dont le projet était ambitieux, qui occupait une place importante dans ma mémoire somnambulique mais dont je n'étais pas certain que le texte, difficile à écrire, fût à la hauteur de son ambition. Et puis, cet après-midi, j'ai eu une bonne surprise en la relisant. Je n'ai pas eu beaucoup de corrections à y apporter. Elle est ce que je voulais qu'elle soit. Elle rejoint l'album Ceux d'ailleurs dont il n'est pas impossible qu'un jour, je fasse un livre (il en était question, ce matin, dans mon échange bien agréable avec Michel). Mais, en attendant, elle est là, elle a pris sa place dans mes archives, et j'en suis content.

lundi 6 avril 2026

Histoire (récente) de la musique

J’avais seize ou dix-sept ans, je me promenais dans les rues et, comme j'étais seul, je me voyais visité mentalement par des poèmes que j’avais lus ou des musiques que j’avais entendues. Les poèmes, j’essayais de les reconstituer, un vers après l’autre. Les musiques, je les laissais flotter comme elles venaient. Dans les deux cas, l’expérience était délicieuse. Je crois que ma perception de la musique et de la poésie n’a jamais été aussi intense que dans ces conditions.

Avec le recul des ans, maintenant que je suis vieux, je m’aperçois que l'expérience était marquée dans les deux cas par quatre caractéristiques majeures:
  1. Il fallait que je sois seul.
  2. J'étais visité par la poésie et la musique des autres, pas celles que j’aurais moi-même inventées.
  3. Musique et poésie s'ajoutaient en transparence de ma déambulation (de ce que je voyais et entendais en même temps dans le monde réel).
  4. L'expérience portait sur des fragments de poésie et de musique plutôt que sur des œuvres entières, à moins que celles-ci n’aient été brèves comme un sonnet ou une chanson.

Je m’en tiendrai ici à la musique.

L’expérience que nous faisons de la musique depuis les années 60 est celle massivement de la musique enregistrée. Quel que soit le genre. Or, celle-ci présente, me semble-t-il, les mêmes caractéristiques que celle que j’ai évoquée plus haut. C’est une expérience que nous faisons seuls, qui concerne des musiques produites par d’autres, que nous écoutons en même temps que nous faisons autre chose, de formes brèves, le plus souvent des chansons, ou, quand il s’agit de jazz ou de musiques savantes, pour n’en écouter (et retenir) que des fragments.

Quelque chose s’est produit (une rupture, un décalage au moins) avec l’invention du cinéma muet, quand des pianistes se sont assis devant l'écran et qu’ils ont improvisé pour meubler le silence. Puis, très vite, quand le cinéma est devenu parlant, ces pianistes ont été remplacés par de la musique enregistrée. Ce n'était pas la première fois que la musique s’associait à un art différent. Elle l’avait fait depuis toujours avec la poésie, le théâtre et la danse. Avec le cirque aussi. Mais cette fois elle s’associait à un art nouveau qui allait s’imposer au cœur des pratiques culturelles comme aucun autre ne l’avait fait avant lui.

Avec le disque, la musique s’est infiltrée partout, au cinéma mais aussi dans les ascenseurs, dans les supermarchés, dans nos voitures et jusque dans les chambres des adolescents occupés à faire leurs devoirs. Mais elle n’a pu le faire qu’au risque de voir se dissoudre (se déconstruire) deux notions essentielles — ou qui ont paru essentielles dans le cas de la musique savante: celle de l'unité de l’œuvre et celle de l'unité de son auteur.

La musique enregistrée est très évidemment une œuvre collective, conçue et réalisée à plusieurs, en studio, pour s’associer à des films, s’infiltrer dans nos vies, pour nous faire danser, pour nous accompagner dans nos moments d’amour comme dans nos promenades solitaires.

De la dimension de l’œuvre, la musique est passée à celle d’élément. On dit d’abord qu'on aime le jazz, ensuite seulement on cite des noms. Pareil pour le flamenco ou le rap ou la musique brésilienne. Pareil pour n’importe quel genre de musique. Mais est-ce si nouveau? Savions-nous toujours bien ce que nous écoutions, entre Haydn et Mozart, entre Chopin, Schumann et Liszt, quand du moins nous n'étions pas des spécialistes?

Agnès Gayraud ouvre son essai intitulé Dialectique de la pop (2018) par cette formule qui me paraît lumineuse. Elle dit: “La pop ne descend pas des Muses”. Cette formule me paraît lumineuse parce qu’aucune œuvre d’art avant elle, d’aucun genre, ni d'aucune époque, ne descend directement des Muses, elle non plus, mais que la pop l’avoue. Laissez-vous porter par le flux d’une web radio musicale, ou par une playlist de Deezer, et vous l’aurez compris.

Il n’en allait pas autrement pour les autres musiques avant elle, mais le discours sur la musique savante était centré sur les compositeurs, pas sur les conditions de production et de réception de leur art. On assignait chaque œuvre à un seul auteur, comme si celui-ci avait inventé la grammaire et les moyens matériels de son art, comme s’il avait été inspiré directement par les Muses, alors qu’il l’avait d’abord été par ses prédécesseurs, et qu'il continuait de l'être par ceux qui œuvraient autour de lui, qui étaient ses rivaux en même temps que ses collaborateurs, avoués (volontaires) ou pas.

L'art est toujours une œuvre collective, encore qu’on ne le dise pas — et qu’il le soit n’enlève rien au mérite personnel, au talent, au génie, à l’héroïsme souvent sacrificiel de toutes celles et tous ceux qui y participent depuis la nuit des temps, et qui sont morts souvent à vingt-sept ans, ou à peine plus âgés, pour prix de leurs efforts.

L’art vient d’abord. Le nom du maître ensuite. Que celui-ci soit mis aujourd'hui en retrait, ou même qu’il s’efface, je n’y vois pas d’inconvénient.

(A suivre...)

dimanche 5 avril 2026

Dimanches de ciel vide

05/04/2026 - Découvert ces derniers jours, coup sur coup, la musique de Fred Again, dont je découvre du même coup qu'il est célèbre depuis longtemps déjà, et celle des Eat-girls qui semble une toute jeune formation. Fred Again dans un album Secret Life (2023) qu'il réalise avec Brian Eno, et dans Area Silenzio (2024) les Eat-Girls qui font mention de leur goût pour David Lynch. Et de David Lynch, j'ai revu Lost Highway (1997) que j'ai aimé plus encore que les autres fois avec, en introduction, la voix de David Bowie dans la chanson I'm Deranged extraite de l'album Outside (1995) écrit avec Brian Eno. À côté de quoi je continue de travailler à la relecture et correction des textes que j'installe, au fur et à mesure, sur le nouveau Nice-Nord.fr dont l'architecture m'a été inspirée par Maison Margiella.

C'est le weekend de Pâques, grand soleil, grand ciel bleu, et la ville se répartit entre les quartiers envahis par les touristes, et les autres (plus nombreux) dont les rues sont désertes. 

19/03/2026 - Il arrive un beau jour que ce soit un dimanche de ciel vide. Vous le découvrez en sortant dans la rue. Il faut que ce soit l’été, et tous les endroits de Nice ne sont pas favorables à l’apparition d’un dimanche de ciel vide, comme tous les endroits de la forêt ne sont pas favorables à l’apparition d’une licorne. À Nice, vous connaissez plusieurs de ces endroits mais vous ne les connaissez pas tous, et il doit s’en trouver ailleurs aussi de par le monde. Je parle d’une entité. Celle-ci se compose de plusieurs éléments, ou de plusieurs attributs, et pour parler d’elle impossible de faire autrement que les nommer, que les évoquer un à un, mais l’entité consiste dans leur rencontre.

Il faut que ce soit l’été, que ce soit un dimanche, que le ciel soit parfaitement bleu et que les rues soient désertes. Pour ceux que je connais (je parle des Dimanches de ciel vide), il faut que ce soit dans les quartiers nord. Que la mer, on ne la voie pas d’où l’on est mais qu’on sache sa présence à l’opposé de la ville. Il y a aussi des sons particuliers, en raison des rues désertes et de la chaleur. En raison de la lumière. Je suis tenté de parler des diverses apparitions de Dimanches de ciel vide comme de l’apparition chaque fois du même dieu. Car chaque fois qu’il apparaît, ce sont soudain toutes les apparitions de ce même dieu qui vous reviennent en mémoire, je parle de toutes celles auxquelles vous avez assisté mais peut-être d’autres aussi, comment savoir? Par exemple, les sons. Ce sont d’abord ceux des moteurs des rares véhicules qui pétaradent dans la rue, mais il peut s’agir aussi de la musique qui résonne depuis un immeuble voisin dont une fenêtre est grande ouverte sur la rue. Alors, vous vous arrêtez, vous avez les jambes coupées.

Combien de fois le Dimanche de ciel vide m’est-il apparu? Je ne saurais le dire. Ces apparitions ne sont pas de celles qu’on note dans un agenda, surtout les premières fois, quand on est jeune. On devrait le faire mais on ne le fait pas. Mais je sais que les premières fois datent de mon enfance ou de mon adolescence. Alors, il était question de plages. J’ai raconté cela ailleurs. Je recommence.

La jeune fille dont j'étais amoureux m’avait dit qu’elle irait à la plage avec je ne sais qui. Il n'était pas question alors que je l’y retrouve, en raison sans doute d’une querelle que nous avions eue. Elle avait besoin d’air, moi aussi. Mais l’apparition du dieu a fait que, dès le matin, j’ai quitté le quartier nord pour aller à sa recherche le long des plages. J'ai marché ainsi, toute la journée, sous le soleil d'été, sans la trouver. Sans l'apercevoir de loin comme j’avais espéré, dans le sel et le scintillement aveuglant de la mer. Je ne suis pas certain que cette aventure me soit réellement arrivée, je la situe mal, les circonstances se confondent, mais chaque nouvelle apparition du Dimanche de ciel vide me la remet en mémoire. Elle fait partie de ma légende. Quant à la musique dont il est question plus haut, qui résonne dans la rue, à l'étage d’un immeuble voisin, dont je vois l'éclat des vitres ouvertes au soleil, il peut s’agir d’une musique savante mais il peut s’agir aussi d’une simple chanson, d’une “chanson des rues”.

Ecouter par Dvorah Massa-Adachihara

20/03/2026 - Avec quoi contrastent les plages des Dimanches de ciel vide? Elles contrastent avec le cinéma. Il était prévu d'abord qu’ils aillent au cinéma. Le narrateur avait prévu de l’emmener au cinéma, et la jeune fille avait accepté cette proposition, puis ils se sont querellés (les jeunes d’aujourd'hui diraient qu’ils se sont “embrouillés”, ce qui n’est pas mal non plus) et la jeune fille a dit alors qu’elle irait à la plage. Elle ne lui proposait pas de l’y accompagner et le jeune homme lui a répondu: “Alors j’irai au cinéma”. Et même si ce n' est pas ce qu’il a fait, préférant partir à la recherche de sa silhouette gracile et dénudée, en plein soleil, le long des plages, l’alternative du cinéma reste présente dans l’histoire. Pour un jeune niçois de ces années-là, c’est l'évidence.

On se souvient des dieux grecs et des différentes attributions (ou épithètes, ou prérogatives) de chacun, qui peuvent nous paraître souvent contradictoires. Par exemple, le même Apollon peut avoir en même temps l’attribution de la lumière solaire (et de la vérité) et celle de la flèche qui apporte la peste. De même, Dionysos est à la fois le dieu de la fureur sauvage dans les montagnes et celui de l'illusion théâtrale dans la cité. Et, de la même manière, le dieu “Dimanche de ciel vide” possède tout à la fois l’attribution des plages en plein soleil et celle de l’obscurité des salles de cinéma. Je précise que je rédige cette note avec, sous la main, le beau livre de Frédérique Ildefonse, Il y a des dieux (2012).

L'été, les salles de cinéma programmaient des films déjà anciens, dont la sortie datait de l'année précédente ou plus vieux encore. À quoi s'ajoutait la recommandation de François Truffaut selon lequel on devenait un vrai cinéphile quand on ne rechignait plus à aller au cinéma tout seul et qu’on choisissait de s’asseoir de préférence dans les premiers rangs. J’avais la plus grande admiration pour ce réalisateur comme pour les autres de la Nouvelle vague. Je suivais son conseil. J’aurais même pu ajouter à celui-ci une troisième condition: aller au cinéma de préférence l'été, en plein été, quand le soleil est écrasant et la lumière aveuglante à l'extérieur, car alors les salles obscures sont à peu près vides et l'on a mieux encore l'impression de basculer dans le film.

Quels films ai-je vus ou revus dans ces conditions, sous l'égide du même dieu des Dimanches de ciel vide? C'était disons en 1968 ou 69. Deux titres me reviennent en mémoire: Qui êtes-vous Polly Maggoo? de William Klein (1966) et Blow-Up de Michelangelo Antonioni (1966), le premier que je n’ai jamais revu mais dont je garde un souvenir agréable; le second que j’ai revu une bonne dizaine de fois et que je compte revoir ce soir en récompense.

De ce que je crois comprendre dans le livre de Frédérique Ildefonse, je retiens trois lignes directrices qui s'enchevêtrent: On nous fait une obligation morale d'agir, d'exercer une liberté qui nous définirait par essence. Or, "La liberté absolue qui est aussi responsabilité absolue est une geôle — et elle engendre également des fantasmes nocifs" (p. 40). "Je crois qu'il n'y a rien de méprisable à rechercher l'apaisement. Pourtant on méprise souvent la recherche de l'apaisement. Il y a une différence entre rechercher l'apaisement et désirer la mort" (p. 42). "Pourquoi serait-on centré sur la mort si ce n'est parce qu'on est centré sur son existence individuelle — et par là même centré dans son propre psychisme sur ce qui fait identité à soi-même; ou parce qu'on développe dans son propre psychisme la dominante de ce qui produit l'identité à soi-même? Si on laisse entrer de l'air dans son psychisme, si on entend l'intérieur de soi-même plutôt comme un lieu de passage de déterminations étrangères, est-on fixé à ce point sur la finitude? Je ne le crois pas" (p. 50).

Lors d'un Dimanche de ciel vide, le jeune homme est parti à la recherche de son amie le long des plages et il ne l'a pas trouvée. Lors d'un autre Dimanche de ciel vide, il est allé au cinéma tout seul, et il est possible que le film qu'il aura vu alors entre dans son histoire personnelle, qu'il l'accompagne à jamais. Et possible aussi qu'une fois devenu vieux, il veuille le revoir encore comme si sa propre vérité pouvait être contenue au détour d'une scène. De même pour la chanson des rues qui résonnait dans un appartement d'un immeuble voisin aux vitres grandes ouvertes. Plus tard, ils sont mariés, ils ont des enfants et ils vont au cinéma ensemble, de préférence le soir, et le moment qui lui importe alors c'est celui plutôt qui suit la séance, quand ils marchent l'un près de l'autre, quand ils rentrent chez eux pour une nuit encore de sommeil partagé.

Les Dimanches de ciel vide font inévitablement penser à Albert Camus. Et Frédérique Ildefonse me fait penser à lui, elle aussi, en ce qu’elle prend son parti de l’absurde. Mais sa façon de le faire est différente, plus mesurée. Elle dit: “... on ne doit pas se laisser prendre, je crois, à l’opposition entre plénitude de sens et absurde. Probablement beaucoup du bonheur de l’être humain consisterait-il à admettre la rareté du sens…” (p. 51-52). Dans le sommeil partagé, les rêves se mélangent, les bouts d'histoires aussi. J'essaie de ne rien laisser perdre de mes souvenirs ni des siens sans en faire un roman.

jeudi 2 avril 2026

Fanfan la Tulipe

Quand j'ai publié ce texte, Christophe en a été content. Il me l'a dit. Je lui ai répondu que je l'aimais bien moi aussi, que j'avais le sentiment d'avoir réussi un joli portrait de femme — d'une femme semblable à celles, nombreuses, que j'ai connues quand j'étais directeur d'école et pour lesquelles je garde de l'affection et de l'estime, la vaillance étant leur qualité principale. Christophe en a paru surpris, et à relire le texte, je le comprends. Pour autant, il s'agit bien à mes yeux d'un portrait de femme. Je ne la décris pas, je la fais figurer dans une petite histoire. C'est la façon que j'ai trouvée de la rendre présente. De dire qui elle est.

Relecture et corrections

Le travail de relecture et de correction que je poursuis depuis des semaines est passionnant mais risqué et épuisant aussi. C’est comme si, chaque fois, j'attrapais une histoire par les cheveux et que je la tirais à moi in extremis pour qu’elle ne se noie pas. Et chaque fois, dans cette opération, elle s’allège, elle s’effile comme un vieux pull-over dont on tire une maille, au risque que bientôt il n’en reste plus rien.

Le rythme journalier (feuilletonnesque), que j’avais adopté depuis l’automne 2020, m’a permis de beaucoup écrire mais de façon somnambulique. J'écrivais de mémoire, en avançant toujours mais en oubliant aussi, chaque texte ou chaque épisode chassant l'autre dans l’espace du rêve. Sans me préoccuper de la forme générale. Ce qui n’a pas manqué de fatiguer la patience des quelques lecteurs fidèles que j’avais et que je n’ai plus. Mais c'était le prix.

Tadira

Quand on considère la rangée des grands immeubles que le soleil éclaire en fin d’après-midi, on comprend que ce n'est pas nous qu’ils re...