dimanche 12 avril 2026

Tadira

Quand on considère la rangée des grands immeubles que le soleil éclaire en fin d’après-midi, on comprend que ce n'est pas nous qu’ils regardent, ni même le port avec ses quais, ses grues et ses navires, mais bien au-delà. Ils fixent l’horizon. Ils attendent que le commerce reprenne avec les anciennes colonies, et que la ville retrouve ainsi sa richesse d’antan. Leurs façades longent le boulevard du bord de mer, on sait les noms des familles patriciennes qui occupent les étages supérieurs depuis plusieurs générations, et au rez-de-chaussée s’alignent des banques, des galeries d'art, des bijouteries, des magasins de mode aux vitrines étincelantes, lessivées à grandes eaux chaque matin, mais aussitôt qu’on tourne dans les rues adjacentes, on entre dans le monde des garages, des parkings souterrains et des hôtels miteux où l’odeur d'essence se mêle à celles de la cuisine asiatique. C’est là que Paulo Gomes Martins a son club de boxe. Longtemps il a tenu une baraque de sandwichs et de glaces sur la jetée-promenade. Le soir, quand il en fermait le rideau métallique, il retournait au club de boxe pour entraîner les jeunes, mais il n’en était pas le patron. Il a fallu que le vieux Soarez en prenant sa retraite lui en laisse les commandes, et Paulo a alors vendu sa boutique pour ne plus s’occuper que du club.

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