Pouvoir relire un texte qu'on a écrit il y a longtemps et le trouver bien, le reconnaître comme un vestige, comme le témoignage inespéré d'un moment de sa vie, est une expérience étrange et délicieuse. Son charme tient sans doute au fait de reconnaître ce texte comme l'un des siens, en même temps qu'il semble avoir été écrit par un autre que soi. On se dit que c'est une chance de l'avoir écrit car aujourd'hui on en serait incapable. La chance s'est présentée une fois et on l'aura saisie. Elle a été saisie par un autre que celui qu'on est aujourd'hui, un autre qui n'a peut-être jamais été que celui de cet instant-là.
Je me souviens du titre qu'Edmond Jabes avait donné à l'un de ses livres: Je bâtis ma demeure.
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